dimanche 25 juillet 2010

Dossier de Laure Siegel publié par l'Alsace samedi 24 juillet 2010


Dans le potager de la famille Guénier, on favorise le jardinage bio. Photo Jean-Paul Domb
Les Mulhousiens ont une longue histoire affective avec les jardins familiaux. Appartenant au ban de la commune, ceux-ci se répartissent sur 13 sites distincts et sont gérés par l’Association des amis des jardins familiaux. Mais celle-ci est actuellement en pleine ébullition : bouleversement au conseil d’administration, intervention de la municipalité, prise en compte des problématiques environnementales… nous faisons le point avec quatre acteurs-clés de ce dossier.

Une évolution écologique nécessaire

Entre générations de jardiniers, le débat est ouvert. Photo Jean-Paul Domb
L’association des amis des jardins familiaux de Mulhouse est pratiquement octogénaire mais elle est loin de se reposer sur ses lauriers. Nés sur le papier en 1922 mais devenus une réalité depuis la fin du XIX e siècle, les jardins ouvriers baptisés « familiaux » en 1990 représentent une institution à Mulhouse. Répartis sur 13 sites, ils sont aujourd’hui occupés par des personnes d’âges, et de milieux sociaux très variés.
Mais la diversité n’est pas forcément compatible avec l’unité et certaines dissonances existent quant à la gestion de l’association. L’Alsace fait le point avec les acteurs qui font bouger les jardins familiaux, sur les désaccords mais aussi les projets communs, notamment dans le domaine du développement durable.
Un dossier de Laure Siegel

Cléo Schweitzer : « C’est une question de santé publique »

Cléo Schweitzer Archives Jean-François Frey.
Cléo Schweitzer, conseillère municipale socialiste, impliquée dans le domaine environnemental : « Je ne possède pas de jardin familial moi-même mais je m’y intéresse dans le cadre de mon mandat, essentiellement sur la question de l’environnement : je milite activement contre les pesticides et je pense qu’il y a vraiment un travail de sensibilisation, d’éducation à faire dans ces jardins. Surtout quand on sait que pour certains ce sont des jardins nourriciers. C’est d’autant plus dommageable que les gens ne sont pas conscients des dangers pour la santé de consommer des produits pulvérisés. La nappe phréatique est également polluée par ces particules, et cela a une incidence sur la qualité de l’eau qui sort de Mulhouse.
La Ville et l’Agglomération ont pris en main ce dossier et ont essayé de débloquer les choses en lançant un travail de réflexion, de prospective : le but est de parvenir à établir une charte verte, et à terme interdire les pesticides même si la pédagogie est toujours préférable à la répression. Néanmoins il faut bien être conscient que l’association fonctionne sur le bénévolat, avec un budget réduit : si un nouveau projet est monté, il mériterait des emplois salariés et davantage de subventions. On sait aussi qu’il faudra passer par la modernisation de la gestion de l’association, car l’esprit y est plutôt difficile actuellement : le règlement et les statuts devraient être un peu bousculés, des parcelles collectives pourraient par exemple être mises en place. Mais il me semble que le message est passé et que la Ville et l’association y travaillent ensemble. »

Jean-Yves Guénier : « Une conception différente »

Jean-Yves Guénier Photo J-P.D
Jean-Yves Guénier, propriétaire d’un jardin au Riesthal, membre du conseil d’administration (CA) et responsable de la commission Statuts et règlement intérieur : « Depuis 2005 je me suis investi dans un jardin familial pour ma famille : pour se retrouver au plein air, pour offrir une démarche éducative aux enfants avec des cultures bio… Mais en novembre 2008 j’ai été convoqué parce que mon jardin n’était soi-disant pas entretenu. En réalité, je refuse d’utiliser du désherbant, des insecticides, de mettre des dalles en béton ou du gravier : mais je m’en occupe, j’utilise les méthodes dites de rotation des cultures et d’association de plantes, c’est juste une conception différente du jardinage, un choix écologique.
Depuis ce conflit, je me bats pour qu’il y ait plus de démocratie dans cette association, qui est gérée depuis trop longtemps par la même équipe. Avec des amis qui sont du même avis que moi, nous avons actuellement 4 sièges au CA, sur 17 : mon but est de remporter la majorité à la prochaine élection en mars et pouvoir instaurer une politique plus moderne, portée sur le développement durable, et surtout que les adhérents puissent s’exprimer. Il faut absolument que les gens retrouvent confiance dans l’association. Mon blog (NDLR :lapensesauvage-hamilcar.blogspot.com) sert justement à communiquer aux adhérents l’état exact des tentatives de réforme, c’est une source d’information car l’association n’a même pas de site. Il y a vraiment un travail sur la communication et sur l’animation des jardins à entreprendre ».

Fabrice Ciarletta : « Ce n’est pas une MJC de jeunes »

Fabrice Ciarletta Archives J-F.F
Fabrice Ciarletta, adjoint à l’Écologie urbaine et responsable de la commission Développement durable : « Au niveau des espaces verts de la Ville, nous essayons déjà depuis quelque temps de faire bouger les choses en formant les agents, en réduisant les surfaces traitées par produits phytosanitaires : on anticipe sur les propositions du Grenelle 2 qui vont sûrement devenir force de loi dans quelques années et on répond aussi aux aspirations d’une part croissante de Mulhousiens. Néanmoins, même si on essaie d’arriver à un résultat identique avec moins de produits, les espaces verts doivent rester attractifs pour les touristes et pour les Mulhousiens : quand une herbe dépasse, il y a plein de monde à qui ça ne plaît pas non plus.
Mais le gros travail d’explication sur la gestion des produits et l’utilisation de l’eau doit se faire au niveau des particuliers, et notamment des jardins familiaux. La Ville est donc intervenue auprès de l’association pour l’aider à faire évoluer sa pratique du jardinage, qui doit devenir raisonnée mais sans être contrainte : la moyenne d’âge des membres étant de 57 ans, on ne peut pas tout interdire du jour au lendemain, il y a encore beaucoup de gens à convaincre. Il est aussi contre-productif d’empêcher brutalement les gens de consommer leurs légumes, s’ils utilisent de manière optimale les produits, ça sera déjà ça : bien sûr qu’on tend vers la suppression mais au fur et à mesure. Je suis bien conscient que l’association ne dispose que de 13 bénévoles mais je sens qu’il y a beaucoup de bonne volonté, que ça avance bien, et que ce n’est pas forcément une question de moyens. Par rapport au projet prévu, ils auront déjà un surplus d’aides mais s’ils avaient eu envie d’animer les jardins, d’organiser des journées, ça se serait déjà fait spontanément sans attendre une augmentation des subventions. D’autres pensent que ça ne va pas assez vite, mais ce n’est pas une MJC de jeunes, il faut y aller doucement. On a confiance en l’action des intervenants professionnels, assistés de volontaires pour donner l’exemple dans chaque secteur et faire œuvre de pédagogie ».

André Moser : « Les anciens ne sont pas prêts à changer »

André Moser Photo J-P.D.
André Moser, président de l’association des Amis des jardins familiaux : « Mon père possédait un jardin, et quand il n’a plus pu s’en occuper je l’ai remplacé. Au bout de quelques années j’ai été élu président, il y a de cela un peu plus de 20 ans. Le règlement de l’association a été peu à peu précisé, notamment quand la situation des membres changeait. Mais en gros il est resté le même dans ses grandes lignes depuis son adoption. Prochainement il va être modifié quand la commission Jardinage et développement durable aura fini ses travaux et qu’une charte verte aura été établie. Sur les quatre commissions, c’est celle qui est prioritaire : des jardiniers bénévoles vont être formés par des intervenants de la Ville, dès septembre, et à terme le document de travail définitif sur les pesticides, l’eau, l’entretien du jardin, sera adressé à chaque membre de l’association.
Les conventions de ces quatre ateliers seront adoptées lors de la prochaine AG pour rester conforme. Des membres ont déjà été informés de ces travaux par les responsables de terrain ou quand ils sont venus payer leur cotisation en juin : mais c’est difficile de communiquer chaque détail à 1000 personnes. De plus, il y a des gens que ça n’intéresse absolument pas, qui veulent juste avoir leur jardin et c’est tout. Ce sont surtout les anciens qui ne sont pas prêts à changer leurs méthodes : la charte verte va être difficile à faire appliquer – comment contrôler ce que 1 000 membres utilisent comme produits ? – mais je m’attends tout de même à de nettes améliorations. Certains, comme M. Guénier, pensent qu’on n’en fait pas assez, mais les idées ne suffisent pas : il faut des bénévoles motivés, des moyens, et à ce niveau l’association est très limitée. Pour moi tout ce qui vise à moderniser l’outil de travail du jardinier est positif et cette question de conception entre deux hommes ne change rien à la mission de l’association, à la philosophie du travail en commun. »

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